"Combien de fois l'on rencontre dans la vie des gens qui se font pacifistes parce qu'ils ont peur de lutter, qui aspirent au repos avant de l'avoir gagné, qui se contentent d'un petit progrès et qui en font, dans leur imagination et dans leur désir, une réalisation merveilleuse afin de pouvoir légitimement s'arrêter sur la route. Dans la vie ordinaire déjà, c'est tellement ainsi. Au fond, c'est cela l'idéal bourgeois, celui qui a abruti l'humanité et qui l'a rendue ce qu'elle est maintenant. Travaillez pendant que vous êtes jeunes, accumulez des biens, des honneurs, une position, soyez prévoyants, mettez de côté, faites vous un capital, devenez fonctionnaires afin que, plus tard, lorsque vous aurez 40 ans, vous puissiez vous asseoir, jouir de vos rentes, et plus tard de votre pension et, comme l'ont dit, jouir d'un repos bien gagné. S'asseoir, s'arrêter sur la route, ne plus avancer sur la route et s'établir, s'endormir, c'est descendre avant l'heure vers la tombe, c'est cesser de vivre la raison d'être de la vie. De la minute où l'on cesse d'avancer, on recule. Du moment où l'on est satisfait et où l'on aspire plus, on commence à mourir. La vie, c'est le mouvement, c'est l'effort, c'est la marche en avant, c'est l'escalade de la montagne, c'est gravir vers les révélations personnelles de l'esprit, vers les réalisations futures, humaines et spirituelles. Rien de plus dangereux que de vous reposer. C'est dans l'action, c'est dans l'effort, c'est dans la marche en avant qu'il faut trouver le repos, le vrai repos de la confiance totale dans la grâce spirituelle, de l'absence de désirs, de la victoire sur l'égoïsme. Le vrai repos, c'est celui de l'élargissement, de l'universalisation de la conscience. Devenez vastes comme le monde et vous serez toujours dans le repos. En pleine action, en pleine bataille, en plein effort, vous aurez le repos infini et de l'éternité ".

Citation de Sri Aurobindo et de La Mère, Pondichéry, 1953